Souveraineté numérique : l’Europe peut-elle sortir de sa dépendance ?

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Ce qui compte vraiment

  • Dépendance : 264 milliards d’euros annuels vers les géants américains du cloud et logiciels. Un problème de balance commerciale, pas de fatalité technique.
  • Frein : Le principal obstacle est culturel, pas technologique. Le réflexe de choisir les hyperscalers américains persiste malgré les alternatives.
  • Solution : L’autonomie se gagne par la preuve. Réorienter la commande publique et miser sur l’open source comme infrastructure stratégique.

Le discours sur la souveraineté numérique est partout. Les actes, beaucoup moins.

En pratique, les entreprises et administrations européennes restent massivement dépendantes des géants américains du numérique. Sur le terrain, c’est un constat que nous faisons régulièrement chez ZoneMentale avec nos clients B2B.

L’étude Asterès d’avril 2025 est claire : 264 milliards d’euros partent chaque année vers les États-Unis pour le cloud et les logiciels. 83% des dépenses du secteur leur bénéficient. Ce n’est pas une question de patriotisme économique, c’est une question de balance commerciale et de risque stratégique.

Le vrai problème n’est pas technique. Il est culturel.

On entend souvent parler de manque d’infrastructures ou de modèles d’IA moins performants. Sans langue de bois, c’est un diagnostic erroné. L’Europe a les compétences et les talents.

Le frein principal est un réflexe d’achat. Un réflexe ancré qui pousse systématiquement vers les hyperscalers américains, même quand des alternatives européennes existent. Prenez le cas de l’Éducation nationale, toujours liée à Microsoft malgré les alertes répétées sur les lois extraterritoriales. C’est symptomatique.

La variance, ça se gère. Mais ici, la variance est systémique et coûteuse. Les prix du cloud américain augmentent d’environ 10% par an. À ce rythme, l’Europe pourrait payer 421 milliards d’euros supplémentaires dans la décennie. L’EV (Expected Value) de ne rien changer est clairement négative.

Passons au concret : comment inverser la tendance ?

Chez ZoneMentale, on raisonne en pipeline et en valeur attendue. Pour la souveraineté numérique, deux leviers sont actionnables immédiatement.

1. Réorienter la commande publique (et privée)

Des signaux faibles existent. En 2025, les commandes cloud de l’État ont progressé de 62%, avec 70% orientés vers des fournisseurs européens. C’est un début.

Décortiquons la structure : selon Asterès, une réorientation de seulement 5% des achats créerait 178 000 emplois d’ici 2035. À 15%, on parle de 463 000 emplois. L’argument n’est pas idéologique, il est économique et social. C’est du ROI pur.

2. Gagner par la preuve, pas par le discours

Les grands comptes ne basculent pas sur des principes. Ils basculent sur des preuves. L’autonomie technologique se gagne par la démonstration concrète.

Il faut prouver que les alternatives européennes, notamment basées sur l’open source, sont plus performantes, plus sécurisées et mieux adaptées aux contraintes réglementaires locales. L’open source n’est pas une philosophie, c’est une infrastructure stratégique : mutualisation de la R&D, réversibilité, souveraineté réelle.

Et pour les PME et scale-up B2B ?

Sur le terrain, les dirigeants que nous accompagnons sont pris entre le marteau de la performance immédiate et l’enclume du risque à long terme. La solution n’est pas binaire.

Je recommande une approche par couches critiques. Identifiez les données et processus absolument stratégiques pour votre business. Pour ces éléments-là, exigez de la transparence, de la localisation et de la réversibilité. Pour le reste, utilisez l’outil le plus efficace, quel qu’il soit.

Si c’est complexe, c’est que c’est mal réglé. La souveraineté, en 2026, c’est la capacité de choisir. Et de changer d’avis sans mettre en péril son entreprise.

L’Europe n’a pas besoin de tout reconstruire. Elle a besoin de reprendre le contrôle sur ce qui compte vraiment. La répétition de choix stratégiques orientés vers des fournisseurs européens compétitifs crée la rentabilité à long terme. Et la résilience.

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